Roman avant tout comique : satire et méchanceté
Sous-titre : « Mœurs de province » -> but de Flaubert = dépeindre la province
Le mot que Flaubert emploie pour caractériser son art : « le grotesque triste » Le « grotesque triste » représente à la fois le côté affreux et triste, mais aussi le fait qu’on ne puisse pas s’empêcher d’hurler de rire face à cette tragédie/détresse.
« Grotesque triste » : expression assez connue de Flaubert mais celle d’autant plus connue voire fondamentale est « je voudrais faire un livre sur rien » en parlant de Mme Bovary. Il le dit dans une lettre à Louise Colet, la maîtresse de Flaubert entre 45 et 55, poétesse connue à l’époque. Ce qui est formidable dans cette correspondance est qu’ils parlent énormément de littérature, notamment sur ce que Flaubert veut faire de Madame Bovary :
« Ce qui me semble le plus beau, et ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien. Un livre sans attaches extérieures, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible. », lettre à L. Colet, 1852
2 points principaux à retenir :
Beaucoup de discours indirect libre, exemple en bas de la page 123 = c’est Emma qui se voit d’un pdv extérieur.
.Qui était Flaubert ?
À vécu à Croisset près de Rouen, de naissance Normand. Fait ses études à Paris, issu de la bourgeoisie normande. Il tombe amoureux en 1836 (à 15 ans), d’une femme plus âgé que lui d’au moins 15 ans, de Élisa SCHLÉSINGER. Flaubert écrit d’ailleurs une première version de l’Éducation Sentimental à cet âge, alors qu’il n’a aucune expérience de l’amour. Fait des allers-retours Paris, Normandie. Il a une fortune suffisante pour vivre de ses rentes mais il n’a pas une condition financière complètement glorieuse. Il ne se mariera jamais. Rencontre T. Gautier, V. Hugo, croise Baudelaire chez Mme Sabatier. Connaît les Goncourt, Sainte-Beuve, etc. **
Madame Bovary est sa première véritable œuvre d’ampleur.
5 œuvres à connaître :
Chez Flaubert, il y a une très longue correspondance, magnifique, en 5 volumes de Pléiade. Notamment sa correspondance avec G. Sand : « Le sens du grotesque m’a retenu sur la pente des désordres. »
Ce qu’il connaît très bien est le milieu des médecins et la Normandie profonde.
Image de Flaubert importante biographiquement : celle de F comme bourreau du travail. Il se tue à la tâche et pour cause, son idée est que le style doit être parfait, vise à une perfection de la forme d’où la nécessité de reprendre à l’infini, les mêmes pages.
.La genèse du livre : comment en est-il arrivé à écrire Madame Bovary
Quant à la rédaction, on peut la suivre facilement grâce à la correspondance. Flaubert a gardé ses brouillons (à peu près 1800 pages) avec 46 pages de scénario de plan. Flaubert est un romancier du plan : il compose avant d’écrire et il le suit strictement : art de la composition qui se fait par le plan.
.L'histoire de l'écriture de Madame Bovary Tout a commencé en 1849-1850, mais beaucoup de choses changent au fur et à mesure et beaucoup sont gommées : « le beau deviendra bovin ». Dans des brouillons, Charles est décrit comme « beau » et Emma tombe amoureuse de lui pour sa beauté « bovine ». Dans les plans, le rapport au sexe est nettement plus explicite : « l’habitude de baiser la rend sensuelle ». La rédaction se fait sur 4 ans et demi, en moyenne il écrit une page tous les 4 jours. L’épisode du Comice agricole représente 3 mois de travail (« Bovary m’ennui, j’y arriverai mais ce sera dur »). Évolution visible dans la genèse : au début F s’intéresse davantage à l’amour pour ensuite dériver vers le grotesque. L’amour est ensuite rendu implicite. Effacement du lyrisme au bénéfice du grotesque. MAIS : F dit bien que le lecteur ressentira quand même ce travail psychologique. Il écrit à L. Colet que l’amour a été le plus grand sujet de réflexion de toute sa vie. Tout est fondé sur son expérience propre. « Madame Bovary c’est moi » : sorte de mythe, jamais vraiment été prononcée par lui. Mme. Bovary est un peu lui dans la recherche amoureuse, dans la finesse du sentiment et surtout dans la déception. Le livre est d’abord parut en revue, découpé en 6 parties : la Revue de Paris = avec quelques scènes censurées.
.Flaubert avait-il des modèles ?
Pas de modèle explicite de Mme Bovary, en revanche des modèles de Charles, il a dû en croiser plus d’un grâce à son père médecin à Rouen. Jamais de modèle net, toujours de la recomposition, modèles de reconstitutions.
En Normandie, beaucoup de villages se disputent en disant « nous sommes Thostes » « Nous sommes Yonville ».
Exercice : À partir de la page 145 « Yonville » jusqu’à la page 146 « cailloux » : en tirer 3 grandes parties d’un commentaire composé. Pb : Quelle est la particularité/spécificité de la description de Yonville par Flaubert ?
1. Une description géographique minutieuse et réaliste Flaubert ancre Yonville dans un cadre précis, en détaillant sa situation et sa topographie. Il mentionne des points de repère concrets, comme la "route d'Abbeville et celle de Beauvais" ou la "rivière la Rieule", donnant l’illusion d’un lieu réel et documenté. La mention de la "vallée qu’arrose la Rieule" et des "trois moulins" souligne l’importance de la nature et du travail agricole, conférant à Yonville une identité rurale marquée.
2. Un paysage aux contrastes symboliques La description oppose deux régions distinctes : "tout ce qui est à gauche est en herbage, tout ce qui est à droite est en labour". Cette division spatiale peut être interprétée comme un reflet de la dualité entre tradition et modernité, nature et culture. De plus, l'image poétique du paysage — "un grand manteau déplié qui a un collet de velours vert, bordé d'un galon d'argent" — donne une dimension presque picturale à la description, sublimant l’ordinaire par une esthétique raffinée.
3. Une vision désenchantée et ironique du lieu Flaubert ne se contente pas d'une simple description objective : il insère une dimension critique et ironique. Il qualifie la région de "contrée bâtarde où le langage est sans accentuation, comme le paysage sans caractère", soulignant son absence d’originalité et son anonymat. Cette tonalité péjorative culmine dans la mention des "pires fromages de Neufchâtel", qui renforce l’idée d’un endroit insignifiant, voire médiocre. Cette ironie traduit le désenchantement de Flaubert face à la monotonie provinciale, ce qui fait écho au destin d’Emma Bovary.
**Correction : ** Idée centrale du texte : ce village est le plus médiocre, le plus sans intérêt. Tout concourt à une impression d’immense médiocrité !
Les temps : présent de l’indicatif avec le pronom « on », qui inclut le lecteur dans l’observation du paysage
Personnification du paysage : « bâtard », « toits de chaume comme des bonnets rabattues sur les yeux », sous « un bourrelet de collines basses »
Présentation progressive de Yonville : sorte d’élargissement de la vue/perspective, qui dilue le village dans une vaste étendue normande sans grand intérêt : « à perte de vue »
La description peut servir à annoncer l’ennui à venir d’Emma : « le paysage sans caractère ». Une seule phrase longue et (faussement) plate pour commencer le premier chapitre de la seconde partie.
Ce serait une parodie du début de L’Astrée dans laquelle le Lignon est remplacé par une rivière parfaitement quelconque.
Courtacon est un petit patelin de la Brie, à 11 lieues au sud de La Ferté-Gaucher et à 16 lieues au nord de Provins, où les inondations sont courantes et où la tranche d’âge moyenne est d’environ 85 ans. Les rencontres se font à la boulangerie, au fond d’une allée boueuse, les coq et les pintades courant dans tous les sens, et où le pain est toujours trop cramé. L’odeur du pesticide est le parfum caractéristique de Courtacon et les voyageurs ne s’y arrêtent même pas, s’empressant tous de quitter le village au plus vite.