Les Fleurs du Mal, Baudelaire

Exercice Les Fleurs du Mal, Baudelaire :

1. Le poète comme un être maudit et incompris L’Albatros : Ce poème symbolise le poète comme un oiseau majestueux dans le ciel mais maladroit lorsqu’il se pose sur terre : « Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

  • Il montre ainsi la grandeur spirituelle du poète, opposée à son inadaptation au monde matériel. Spleen (« Quand le ciel bas et lourd ») Le poète, oppressé par le monde, est victime d’un mal-être constant. Sa condition est celle d’un homme enchaîné, incapable de se libérer : « Un cachot humide où la Raison s’égare. »

2. Le poète comme un visionnaire et un alchimiste Correspondances : Baudelaire y présente le poète comme celui qui perçoit les liens cachés entre le monde sensible et spirituel : « La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles. »

  • Le poète est une sorte de prêtre ou de mage qui capte et traduit ces correspondances. Harmonie du soir : Dans ce poème, le poète transcende la réalité en transformant des sensations en musique et en synesthésie : « Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir. »
  • Baudelaire sublime ainsi les perceptions sensorielles pour en faire des expériences universelles.

3. Le poète en quête d’idéal et confronté au spleen L’Élévation : Le poète s’élève au-dessus du monde matériel pour atteindre l’Idéal : « Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées, / Des montagnes, des bois, des nuages, des mers. »

  • Le poète cherche à s’échapper des pesanteurs terrestres. Bénédiction : Ce poème illustre le poète comme un être élu, porteur d’une mission divine mais condamné à la souffrance : « Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

  • Un des premiers thèmes déterminants du recueil est le rapport au mal et à la souffrance : le rôle du poète est de transfigurer le mal et la souffrance qui s’abat sur lui. Chez les romantiques (par exemple, V. Hugo), on a déjà cette idée (pour Hugo, le poète devait aussi guider les foules) mais chez Baudelaire, il y a moins d’ambition : pour lui il faut montrer la beauté qui se dégage du mal et de la souffrance.

  • Amplification des thèmes romantiques : la Bénédiction est aussi une malédiction (ici, les bénédictions sont les puissances suprêmes => exprimer sur la Terre les beautés éternelles qui échappent aux Hommes. Au-delà qu’on retrouve dans Correspondances et Synesthésie.

  • Le poète est l’élu (théorie de l’élection), mais c’est aussi le travail.

« Il y a dans le mot, dans le verbe, quelque chose de sacré qui nous défend d’en faire un jeu de hasard. Manier savamment une langue, c’est pratiquer une sorte de sorcellerie évocatoire.» => sorcellerie évocatoire qui exclue la démarche rationnelle et posée, au même titre qu’on exclut toute sorte de caprice, le poète travail sérieusement dans une correspondance avec le monde sacré.

Les modèles du poète, les inspirateurs : les peintres (ex. Les Phares (p.57)) Le poète se donne ce rôle de peintre dans son accès aux beautés supérieures.

Baudelaire est-il seulement le « prince des nuées » ?

Non, Baudelaire n’est pas uniquement le « prince des nuées ». S’il est souvent représenté comme un être spirituel, en quête d’idéal et rejeté par la société, il est aussi profondément ancré dans la condition humaine. Le poète apparaît comme un médiateur entre le ciel et la terre, il oscille entre la quête de l’Idéal et l’écrasement du Spleen. Ses poèmes montrent un équilibre fragile entre ces deux aspirations. Le poète est aussi critique de son époque. Baudelaire explore les vices et la décadence de son temps, notamment dans des poèmes comme Une Charogne, où il transforme la pourriture en beauté artistique. Enfin, le poète est martyr. Dans Bénédiction, il est un être élu mais condamné à la douleur, incompris même par sa propre mère. Ainsi, Baudelaire est un être multiple : un visionnaire, un alchimiste du langage, un critique du monde, et un homme en lutte avec lui-même.

I. Parcours biographique de Baudelaire à travers Les Fleurs du Mal

. Œuvre posthume (dans les année 60, pas terminé et publiée après sa mort) : Le Spleen de Paris : petits poèmes en prose. . Baudelaire critique d’art : Les salons (1845, 1846, 1859) : événement artistique qui consistait à recouvrir les murs en exposant des tableaux, avant tout une sorte de grande fête populaire. Les salons cumulaient jusqu’à 1 million de visiteur pendant leurs périodes d’ouverture. Il écrivait sur le salon mais ne publiait son ouvrage que 2 mois après la fermeture du salon. Baudelaire a toujours défendu Delacroix, peintre romantique mythologique : le nomme explicitement p.58. Ce qu’il aime chez lui c’est le surnaturel, le jeu des couleurs, les tumultes orageux et la fanfare et la musique dans ce qu’elle a de plus romantique. Baudelaire de 1846 s’intéresse à la critique d’art.

. Son père est mort dès son plus jeune âge : le GROS problème est son beau-père, le Général Aupick (sorte de bourgeois conventionnel, l’ennemi-même).

. Figure maternelle présente dans le texte, notamment dans le poème Bénédiction, p.51, où la mère se rend compte qu’elle a mis naissance à un « nœud de vipère ». « Maudite soit la nuit au plaisir éphémère » : nuit de la conception

  • Première vision donnée de la mère dès le début du roman, et pourtant, Baudelaire avait un plutôt bon rapport avec sa mère. Un des grands problèmes est l’argent : dès les 20 ans de Baudelaire, sa mère l’a mis sous tutelle, mais pas tout de suite : il a d’abord hérité de son père avec quoi il s’est acheté un hôtel somptueux qu’il a meublé de manière délirante (goût de dandy), ce qui a tout de suite éveillé les soupçons de sa mère et de son beau -père sur la manière dont il gérera son argent : d’où la mise sous tutelle.

Références à la mère dans le poème « La servante au grand cœur », p.154 : poème adressé à sa mère par « vous ». Prend la servante pour que tout soit plus glacial ensuite, peinture de cadavre. Il est presque vivant, on lui donne un peu de vie mais une vie atroce. On passe d’une « humble pelouse » à l’atrocité d’un cadavre décomposé. Deuxième strophe : on change de lieu, on est chez lui avec la servante qu’il refait vivre mais avec les « paupières creuses », et n’a rien à lui dire, aucun mot de bonté.

  • Grosso modo, la servante a été sa mère de substitution.

. Présence des pauvres :

La Mort des Pauvres, p.183 : la mort est la délivrance des pauvres, le seul horizon, comme force vital sans opposition entre la vie et la mort / le vital et le mortifère. La mort est présentée comme la vraie force vitale. Ce qui est triste est que les pauvres veulent croire au paradis : qu’ils se disent « ma vie est terrible mais c’est pas grave parce qu’il y a le paradis ».

À une mendiante rousse, p.134 : rythme différent, forme médiéval. Comme une parodie de la Pléiade. Poème d’admiration à une femme, chanson d’admiration : on fait revivre le XVIe siècle. Nue avec ses bijoux, vocabulaire emprunté à Ronsard (explicitement cité). Codes de la beauté complètement renversés.

. Les femmes dans la vie de Baudelaire et dans Les Fleurs du Mal :

Jeanne Duval : rencontre dans les années 40, présente jusqu’à sa mort. Actrice dont l’origine géographique n’est pas claire (colonie française). Elle le trompe et le ruine. Elle serait ivrogne. Chez Baudelaire, elle représente une sorte de bel animal à la fois coupable et irrésistible.

  • Tous les poèmes qui lui sont adressés sont par cycle dans le recueil : Cycle Un Fantôme (p.85), Le Parfum, p.86 : parfum insaisissable, ce qui enivre. Les Ténèbres p.86 : réf à Jeanne. D (vers 5 à 14)

Madame Sabatier :

demi-mondaine (celle qui, grâce à leur charme, on réussit à obtenir une bonne position sociale dans le monde). A tenu un salon brillant. Contrairement à J.D, toujours présentée comme une sorte de muse déifié (en revanche, difficile de savoir s’ils ont eu une vraie relation). Poème d’hommage beaucoup plus conventionnel : « Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire », p.90 : poème lumineux, avec une croyance à la muse comme divinité. Culte de la beauté.

Marie Daubrun :

actrice célèbre, qui représente une sorte de tendresse et de ferveur. Ciel brouillé, p. 97 : poème contrasté, ce n’est pas la chaleur de J.D qui séduit. Ici, c’est la froideur. Amour réversible.

Pour Mme Sabatier : Douce muse, la flamme luisante de ton âme, Renforce l’idée involontaire de te revoir. Désir enivrant et interdit du soir, Mon cœur empli de besoin t’acclame.

Globalement, il a eu une vie plutôt dissolue, une vie de bohème. Sa carrière de critique d’art et de journaliste nous a livré quelques textes, mais relativement peu à l’échelle d’une vie.

Œuvres de Baudelaire à avoir en tête : . Les Salons, 3 tomes (1845,1846,1859) . Les Paradis Artificiels, 1860 : double texte : traduction de De Quincey et un texte sur le haschich (drogue). . Traducteur d’Edgar Allan Poe . Le Spleen de Paris (petits poèmes en prose), parut après sa mort en 1869 (écrit fin 50 début 60) . Pauvre Belgique : texte d’insulte contre la Belgique, espérant être davantage connu là-bas qu’en France, ce qui n’a pas fonctionné ! Malade en Belgique, rentre en France en 1866 et meurt en 1867 de la syphilise.

Œuvre posthume :

. Mon cœur mis à nu : pensées de Baudelaire

II. Histoire et structure du recueil .L’histoire du recueil

  • Quasiment l’œuvre d’une vie, histoire de composition longue et lente. Les poèmes les plus anciens datent environ de 1841 (Baudelaire est né en 1821, il n’avait que 20 ans). On peut estimer que ‘L’albatros’ fait partie des plus anciens.

L’idée du recueil apparaît vers 1845-47 avec un titre provoquant : Les Lesbiennes La grande phase de composition est entre 1848-54 avec un nouveau titre : Les Limbes Puis, en 1855 paraît le vrai titre : Les Fleurs du Mal, avec une première publication de 18 poèmes avant la vraie publication en 1857 par Auguste Poulet-Malassis, son ami et éditeur. Le titre est à la fois une antithèse sur le mal : la beauté que l’on extrait du mal, ou celle qui pousse sur le mal. Mais peut aussi être des fleurs cueillit dans un champs de souffrance.

  • Dès le titre, on sait que le mal peut être une source de beauté, il est esthétiquement fécond Livre tiré à 1300 ex : succès, donc réimpression en 1861.

Ce qui est important dans l’histoire de ce livre : le procès, où Baudelaire est accusé d’atteinte aux bonnes mœurs, et est condamné à un retrait de 6 poèmes (les plus ouvertement sexuels) ainsi qu’à une amende. Seconde édition en 1861 : 6 poèmes en moins mais 21 en plus.

Baudelaire a été réhabilité dans son procès en 1949 : la cours de cassation a pris une décision pour Les Fleurs du Mal et donc innocenter Baudelaire.

. La composition du recueil

Les poèmes ne sont pas datés ni situés, tout est mis au même niveau. Les circonstances bio de la vie de Baudelaire existent mais ne sont pas directement nommées. Baudelaire dit « j’ai mis tout mon cœur, toute ma tendresse, toute ma religion (travestie), toute ma haine » : véritable engagement de toute sa personne. Mais il dit aussi qu’il prétendrait que c’est « un livre d’art pur » : double importance d’engager toute sa personne, jusqu’à la haine qui caractérise le poète, mais de prétendre qu’il s’agit « d’art pur ».

Jeanne Duval : poème 22 à 40 Mme Sabatier : poème 40 à 48 Marie Daubrun : poème 49 à 57

Barbey d’Aurevilly parle d’une architecture secrète pour qualifier Les Fleurs du Mal. De manière tout à fait lucide, il décrit cette structure comme une organisation autour des épreuves qui s’abattent sur le poète.

‘Au lecteur’ : il ne s’agit pas que du poète mais de l’humanité. En termes de vocabulaire, opposition volontaire entre des mots totalement trivial ‘qui put’, ‘grassement’, ‘hélas’, avec à côté des mots rare ‘lésine’, ‘helminthe’.

  • L’homme enfoncé dans le péché, pas de rédemption, nul salut. Le portait fait du mal n’est pas satanique : il s’agit de l’ennui ! Le Diable est omniprésent mais l’aboutissement de sa figure n’est pas la flamme ni un cliché chrétien : c’est la torpeur et l’ennui. Tout le poème est une grande descente, sorte d’entonnoir qui nous emmène vers le plus fond du mal avant le salut final « Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ». Il y a bien une fraternité baudelairienne, l’hypothèse d’une communauté de frères qui sont conscients de ce destin fatal.
  • Descente vers les profondeurs avec un petit salut à la fraternité. Le droit de choisir ses frères, Alexandre de Vitry : livre pas seulement sur Baudelaire Le monde n’est que pourriture : grand thème des Fleurs du Mal Dans ce poème, le poète créé ici du sublime à partir de l’horreur : toute sa force est de créer un attrait pour le mal, dire qu’il ne faut pas le fuir mais plutôt le contempler, le regarder en face et pour ça, il suffira de suivre le poète dans son exploration des vices et de leur beauté.

Première grande section : Spleen et idéal

  • La grande question de cette partie serait : comment échapper au mal ? Les premiers poèmes sont consacrés à l’idéal, à l’hypothèse d’un idéal.

• L’idéal de l’art

« L’art est long, le temps est court » Les grands poètes s’accompagnent des misères des poètes. (La pauvreté : ‘La muse vénale’, paradoxe d’une muse pauvre, prostituée)

• L’idéal de beauté :

poème 17 à 21) : double beauté à la fois liée à un idéal classique et liée à l’idée de beauté monstrueuse

Dans cet idéal, il y a ceux sur l’amour : poème 22 à 54. Puis, on arrive au cœur du Spleen, avec les poèmes les plus connus (les 4 spleens). On avance ensuite vers d’autres formes du mal : le plus sadomasochiste ‘L’Héautontimorouménos’ (le bourreau de soi-même). Dans ces grandes figures du mal, il y a le temps, avec l’horloge qui nous ramène à l’ennui : « Horloge ! Dieux sinistre effrayant, impassible » + « Où tout te (poète et lecteur) dira : -meurt, vieux lâche ! Il est trop tard. »

Deuxième section : Les Tableaux Parisiens

  • Ajoutée dans la deuxième édition (n’était pas dans celle de 1857). La solitude des hommes dans l’illusoire communauté que serait la ville marqué par cette figure aristocratique qu’est le cygne (p.136) Le Cygne = le vaincu contemporain

Troisième section : Le Vin

  • Parfois condamnation de l’ivresse, parfois l’éloge. On retrouve des grands thèmes du paradis artificiel

Quatrième section : Fleurs du mal

  • Poèmes les plus provocateurs (par ex : « Les deux bonnes sœurs » = provocation post-adolescente typique, deux bonnes sœurs = débauche et mort).

Cinquième section : Révolte

  • 3 poèmes très courte, est-ce la peine de se révolter pour Baudelaire ? Il n’y a que ça à faire mais ça ne sert à rien. Révolte anti-christique paradoxale

Sixième section (et dernière): La Mort

  • Pas d’autre issu que de finir par la mort

III. Le Spleen

  • Source pour la poésie : état mélancolique, nostalgique, effroyable. L’ennui profond et métaphysique. L’angoisse et le dégoût.

Baudelaire n’est pas l’inventeur de ce mot : il est avant tout anglais qui veut dire « la rate » (l’organe). Vient d’une théorie des humeurs selon laquelle la rate exhalait la bile noire (sorte de manifestation métonymique de la rate du spleen). Terme importé en français par Diderot et repris par un certain nombre de romantiques français comme Musset. Il est utilisé comme une sorte de dégoût généralisé de la vie.

7 dimensions du spleen :

  1. La dimension autobiographique du spleen : porté biographique qui se déplace vers la condition du poète en général. Le spleen = la difficulté à vivre, du poète : il n’y a pas de vrai poète heureux. Ce spleen qui est une condition bio du poète, elle est aussi une forme de sensibilité, ce qui lui donne accès à un autre monde. Certes le poète est particulièrement exposé au malheur, mais c’est cette exposition qui lui permet d’acquérir sa sensibilité. Le malheur du poète fait sa grandeur dans Le goût du néant avec par exemple « Avalanche, veux-tu m’emporter dans te chute ? ». Mais aussi Complaisance, à l’égard du spleen et à vouloir l’embrasser.

  2. La dimension existentiel du spleen : état transitoire, temporaire. Chez Baudelaire, dire que le spleen prend un sens existentiel, c’est dire qu’il devient la condition même de la vie : ce n’est pas un état mais une condition. Autrement dit, il n’y a pas d’état de semi-bonheur et de temps-en-temps le spleen : le spleen est la condition première avec de temps-en-temps des éclaircit. Par exemple, le poème Spleen : « Je suis comme le roi d’un pays pluvieux » : il y a quelque chose de très pascalien dans ce poème, avec l’idée du roi qu’on ne peut divertir (radicalisation de Pascal).

  3. La dimension de la douleur physique du spleen : L’héautontimorouménos : spleen de la souffrance et de la joie que cela procure => sorte de sadomasochisme

  4. La dimension des formes dures et des formes douces du spleen : douce mélancolie qui malheureusement n’est jamais seule et est toujours en cohabitation avec les formes dures du spleen. Chant d’automne : douce mélancolie juxtaposée à la froideur d’hiver. => Passage des lumières verdâtres à la noirceur complète jusqu’au retour à la lumière verdâtre. Le spleen n’est pas unilatéral : ce n’est pas une chose simple mais plutôt des variations, des changements d’états et des déplacements.

  5. La dimension de la fuite du temps du spleen : L’horloge : ce qui nous entraîne vers la mort mais aussi ce qui nous fait comprendre qu’il est toujours déjà trop tard, notre vie est toujours déjà ratée.

  6. La dimension du paradis perdu du spleen : lier l’impossibilité ailleurs, l’impossibilité du salut. La Géante : ce que serait le monde avant l’apparition du péché. Hypothèse d’un monde mais en un temps révolu, avant Adam et Ève.

"Moesta et errabunda" : Il exprime le regret d’un ailleurs perdu et l’aspiration à l’infini. "L’Invitation au voyage" : Évoque un pays imaginaire et idéal, un paradis personnel où "tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté". "La Vie antérieure" : Rêve d’un passé idyllique où le poète vivait dans un monde harmonieux et lumineux. "Le Voyage" : Il présente l’aspiration humaine à la découverte d’un ailleurs parfait, souvent inaccessible.

  1. La dimension de décomposition du spleen

"Une charogne" : Décrit le cadavre d’une femme en décomposition avec une imagerie crue et saisissante. "Le Squelette laboureur" : Met en scène des ossements retournant à la terre, soulignant l’inéluctable retour à la poussière. "Danse macabre" : Dépeint la mort sous une forme cynique et grotesque, mettant en avant la vanité de l’existence humaine. "Le Revenant" : Évoque un mort qui revient hanter les vivants, soulignant le lien entre la mort et la décomposition de l’âme.

IV. Étude formelle du poème et des vers

. Les formes poétiques dans Les Fleurs du Mal Tout particulièrement, ce qui caractérise le poème.

4 grandes catégories :

  • L’octosyllabe donne un effet plus parlé tandis que l’alexandrin donne un côté plus écrit
  • Beauté classique du sonnet (68 sonnets, + 1/3 du recueil) / La chanson (ex : Abel et Caïn, p.170 ?)
  • S’inspire de formes traditionnelles mais très souvent détournée/manipulée (ex : L’Irréparable p.103)
  • Baudelaire écrit avant tout des poèmes courts : il n’y a que 9 qui dépassent 60 vers. Le plus long c’est Le voyage (144 vers).

L’idée de la poésie baudelairienne est très anti-hugolienne : poésie toujours condensée, fonctionne par des effets de raccourcis => créer à la fois des choses belles, mais créer aussi un trouble quant à l’intellection immédiate, parfois pas toujours compréhensive, ne touche pas toujours à la syntaxe et au discours logique. L’idée que la poésie ne doit pas tourner autour : elle doit aller à l’essence des choses E.A. Poe : « Je tiens qu’un long poème, cela n’existe pas ». => Si brièveté il y a et se justifie, c’est parce qu’il y a ce raccourci, aller à l’essentiel des choses

  • Les poèmes sont structurés : peu de rimes suivies chez Baudelaire (très Hugo par contre), car à l’oreille, on n’entend pas la strophe (ex : Spleen II « J’ai plus de souvenirs que si j’avais milles ans. ») Recourt à la structure rythmique de la strophe. Opposition entre le poème de la narration et le poème de la strophe : Baudelaire a parfois recourt au poème narratif mais rarement (ex : Spleen I – chemin narratif dans lequel le poème circule et change de lieux, mouvement d’entonnoir où on va du plus large « la ville entière » au « jeu de carte » = presque une caricature de Baudelaire). Un poème narratif à l’échelle de la strophe : la narration saute d’une strophe à l’autre et non bloqué par la strophe => structuré par des strophe mais la narration avance.

À retenir : peu de rimes suivies, unité de la strophe importante, poèmes peu souvent narratifs, mais quand ils le sont, ils s’accommodent de la strophe.

Il y a 9 poèmes en strophes de 5 vers : La chevelure (p.72), effet d’allongement/de retardement (ABAAB).

. Le sonnet

  • Forme italienne empruntée à Pétrarque. Les romantiques (Hugo) refusaient le sonnet car c’est une forme trop cadenacée, trop rigide. Baudelaire a été original en allant chercher une forme ancienne.

Alternance des rimes Ronsard = embrassées / Baudelaire = croisées Sizain : Ronsard AABCCB / Baudelaire : AABCBC La forme du sonnet est celle qui tend toujours vers le dernier vers : il progresse vers une pointe. Le sonnet de Baudelaire ne tend pas vers un seul et unique vers : composition presque florale dans laquelle il n’y a une seule chose précise qui se détache de manière définitive.

  • Baudelaire élargit les possibilités du sonnet : de manière ostentatoire/ visible, il montre qu’il prend une forme contraignante pour s’en défaire.

. L’octosyllabe

  • 29 poèmes (2x moins que les alexandrins), 9 en combinaisons. Son bien est de nous rapprocher de quelque chose de beaucoup plus oral : s’apparent à la conversation, + naturel que l’alexandrin.

L’héautontimorouménos : l’octosyllabe permet l’expression de la violence « Je suis la plaie et le couteau !/ Je suis le soufflet et la joue ! Je suis les membres et la roue./ Et la victime et le bourreau ! » : rythme de parole, mais aussi orientation vers la violence et la colère.

. Le pantoum

  • Catégorie de la chanson

Harmonie du soir (p.47) : le 4e vers devient le 3e et le 2e vers devient le 1er des strophes suivantes : chaque strophes qui se suivent ont deux vers communs. On a donc forcément que deux rimes, ici en (ige) et en (oir). Poème nostalgique, mélancolique, figé : c’est ce qui permet la répétition. C’est plutôt de l’ordre du ressassement, le poème ressasse sa mélancolie. Il n’a pas de fin : ici, sorte de souffle d’épuisement pour sa fermeture

. La beauté pour Baudelaire

Immobile et insensible, Éphémère, Beauté polymorphe, Liée à l’au-delà, Fatale au sens de douleur, perte (« La passante »).

La beauté chez Baudelaire est polymorphe : ce qu’il y a de + important Poésie qui tend vers l’esthétique : le but principal Rapport non conventionnelle à la beauté : son expression la plus connue « Le beau est toujours bizarre » (dans ses commentaires de tableau). « C’est cette bizarrerie qui fait le beau » = le beau contient toujours un peu de bizarrerie Le cœur des Fleurs du Mal se fonde avant tout sur le mal, au morbide.

Trouver au moins 3 poèmes avec une conception explicite de la beauté : dire de quelle forme de beauté il s’agit.

  1. “La Beauté” (Spleen et Idéal) Forme de beauté : Une beauté froide, idéale et inhumaine. Ce poème personnifie la beauté comme une entité divine et inaccessible, insensible aux émotions humaines. Elle est parfaite, immobile et presque effrayante, échappant aux passions et au temps. Baudelaire oppose ici la beauté classique, sculpturale et intemporelle à une beauté plus vivante et changeante. La métaphore de la “pierre” accentue cette idée d’une beauté froide et figée, loin de toute sensualité humaine.

  2. “Hymne à la beauté” (Spleen et Idéal) Forme de beauté : Une beauté à la fois divine et diabolique, ambiguë et fascinante. Baudelaire explore ici l’ambivalence de la beauté, qui peut être aussi bien bénéfique que destructrice. Il se demande si elle vient du ciel ou de l’enfer, mais conclut que cela importe peu, tant qu’elle exerce son pouvoir de fascination. La beauté est ici une force mystérieuse et irrésistible, capable d’élever comme de corrompre.

  3. “Une charogne” (Spleen et Idéal) Forme de beauté : Une beauté paradoxale qui surgit de la laideur et de la décomposition. Ce poème choque par son contraste entre la vision d’un cadavre en décomposition et l’évocation d’une beauté poétique. Baudelaire y développe une esthétique du macabre où même la pourriture peut être source de fascination et d’inspiration artistique.

Ce poème illustre la puissance du poète à sublimer l’horreur et à faire surgir la beauté là où on ne l’attend pas.

Poèmes sur la beauté :

  • « La Beauté », p.66 : la beauté classique et éternelle => beauté déifiée Note p.274 : perception d’un début de monstrueux Dernier vers : sonorité en (z) -> manque d’harmonie pensé  Poème sur la beauté classique et harmonieuse mais avec des teintes et des sonorités non harmonieuses.
  • Poème XXV : « Tu mettrais l’univers entier dans ta ruelle », p.74  Prostituée décharnée, pourtant sublime mais impure Au cœur de la beauté baudelairienne : poème de l’oxymore -> « sublime ignominie »

La beauté, chez Baudelaire, est profondément immorale, débarrassée de toutes contraintes morales.

  • Communication avec l’au-delà : pris à l’envers