Imiter Flaubert


Ecrire la réaction d'Emma lors de l'arrivée de Charles aux Bertaux. Alterner entre imparfait et passé simple selon le style de Flaubert.

Quand Charles arrivait aux Bertaux, Emma lisait contre le rebord de sa fenêtre, à l’affut du moindre grincement du portail. Elle ne l’accueillait jamais tout de suite, de peur de laisser paraître son impatience. Elle posait son roman sur sa table de chevet, lissait ses draps de sa grande main, et seulement ensuite, descendait les marches pour saluer le docteur. Son sourire et ses paroles empreints de politesse dissimulaient son trouble. Elle lui proposait de quoi se sustenter et s’activait autour de lui, prenant soin de parer ses gestes d’élégance. Elle passait plus de temps que d’accoutumée dans les salles communes de la maison, lui faisait la conversation ou bien se contentait de sa présence silencieuse. Et quand il se faisait tard et qu’il annonçait son départ, elle le raccompagnait toujours sur la dernière marche du perron.

Elle se languissait de ses venues ; Charles apportait avec lui un souffle nouveau qui lui faisait presque oublier l’ennui constant dans lequel la vie à la ferme la plongeait. Elle surprenait ses pensées à ne tourner qu’autour de lui lorsqu’elle vaquait à ses occupations quotidiennes. Plongée dans ses livres, elle imaginait le héros masculin prendre les traits de Charles Bovary. Elle fut convaincue qu’elle en était amoureuse. Comment expliquer autrement la chaleur de ses joues et les soubresauts de son cœur ? Elle aima l’idée d’enfin connaître ce sentiment promis par ses lectures de jeunesse.

Un jour, alors qu’elle cousait, lui assis dans le fauteuil qui lui faisait face, elle échappa ses aiguilles de ses mains. Charles se pencha et ses doigts frôlèrent ceux d’Emma qui se penchait aussi. Il croisa son regard et elle s’empourpra. Il souriait avec un embarras fort mal dissimulé et un air benêt plaqué sur son visage qu’elle trouva charmant. Le feu crépitait dans la cheminée et donnait aux joues du docteur une teinte rougeâtre. Si seulement il pouvait l’emmener loin d’ici…