
Le mot que Flaubert a pour caractériser son art est « le grotesque triste » => Le côté complètement affreux, et le fait qu’on ne puisse pas s’empêcher de rire. Expression connue de Flaubert. Il y a une expression fondamentale de Flaubert, il le dit dans une lettre à Louise Collet (maitresse de Flaubert, en 45 et 55, poétesse connue à l’époque), ils parlent énormément de littérature, c’est dans ces correspondances, qu’il dit ce qu’il veut faire sur Madame Bovary « Ce qui me semble le plus beau, ce que je voudrais faire c’est un livre sur rien. Un livre sans attache extérieur qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible ». Le projet de Flaubert c’est un projet du style.
C’est un livre sur le plus petit sujet possible, il ne s’agit pas de faire une grande saga, ce sont les plus petites gens possible, c’est le faits divers d’une province très reculé. Tout ce qui compte pour Flaubert c’est la forme, le style.
Flaubert (1821-1880), il est de naissance Normand, il a fait ses études à Paris. Il tombe amoureux en 1836, d’une femme plus âgé de lui de 20 ans, elle s’appelle Élisa Schlesinger. Il écrit une première version d’éducation sentimentale quand il a 15/16 ans. Il vit à Croisset près de Rouen. Il ne se mariera jamais. Il a une fortune suffisante pour vivre de ses rentes mais il n’a pas une condition financière complètement glorieuse. Il rencontre T. Gauthier, croise Baudelaire chez Mme Sabatier, connait les Goncourt, Saint Beuve. Madame Bovary est sa première œuvre d’ampleur.
Flaubert à une très importante correspondance, il y a cinq volumes de Pléiade. Notamment avec George Sand. « Le sens grotesque m’a retenu sur la pente des désordres ». Ce qui intéresse Flaubert c’est le grotesque dans la vie. Il dit qu’il est nul, et il dit quand même qu’il est un être raffiné, il y a tout une théorisation de lui-même. Flaubert à une méthode, le gueuloir, il lit ses textes à haute voix, il les gueule à ses amis. Pour lui un bon texte doit pouvoir être lu, crier. Il est à la fois excessif, théoricien, et parfaitement trivial. Il connait très bien le milieu des médecins par son père, et la Normandie. L’image de Flaubert comme bourreau de travail, ce qui ressort, c’est à quel point Flaubert dit se tuer à la tâche. Et pour cause, son idée c’est que le style doit être parfait, il vise à une perfection de la forme, d’où la nécessité de reprendre à l’infini ses pages.
La genèse du livre : lente et difficile
En 1849, Flaubert convoque ses amis pour leur gueuler la Tentation de Saint Antoine, pendant trois jours. Ils disent c’est nul, recommence tout. Il change complètement de sujet, il trouve un fait divers dans la presse, il a été fasciné par les faits divers d’un médecin de province assassiner par sa femme. Mais de ce fait divers il ne garde pas grand-chose et transpose tout en Normandie.
Quant à la rédaction, on la suit la composition de Madame Bovary grâce à ses correspondances. Il y a 1800 pages de brouillons, avec 46 pages de scénarios, de plan. Flaubert c’est un romancier du plan, il compose avant d’écrire. On a un plan qui est exactement celui de Madame Bovary. Ce n’est pas que le style qui va porter l’œuvre, c’est aussi un art de la composition. Les premiers brouillons est vers 1849. Mais il y a beaucoup de chose qui change au fur et à mesure et beaucoup sont gommés, au début Bovary est présenté comme beau dans sa jeunesse, il y a l’idée qu’Emma tombe amoureuse de lui par sa beauté bovine. Dans les plans, le rapport au sexe est beaucoup plus explicite. la rédaction se fait sur quatre ans et demi (une pages tous les quatre jours). Le comice agricole c’est trois mois de travail. Il y a une grande évolution dans le genèse, au début il s’intéresse plus à l’amour pour ensuite dériver vers le grotesque. L’amour est ensuite rendu implicite. Effacement du lyrisme au bénéfice du grotesque. Mais Flaubert dit que le lecteur ressentira quand même ce travail psychologique. Il écrit à Colet que l’amour a été le plus grand sujet de réflexion de toute sa vie. tout en fondé sur l’expérience propre.
« Madame Bovary c’est moi » sorte de mythe, phrase fantasme, jamais prononcé.
C’est un peu lui dans la recherche amoureuse, dans la finesse du sentiment et surtout dans la déception.
Le livre est paru en revue, découper en six parties. Dans la revue de Paris, avec quelques scènes censurées.
Pas de modèle explicite pour Emma, mais pour Charles, il a dû en croiser plusieurs grâce à la profession de son père. c’est des modèles de reconstitution.
En Normandie, il y a beaucoup de village qui se dispute pour savoir qui est Thostes, et Yonville. Il y a une volonté réalisme dans la description des lieux. Flaubert à fait des plans, il a dessiné les villes avec les maisons des Bovary.
Pb : quelle est la particularité de Yonville par Flaubert (p145-146)
Flaubert présente Yonville comme un bourg sans grande singularité, mais il lui confère une certaine poésie à travers une description détaillée et évocatrice du paysage. Il mentionne par exemple « une ancienne abbaye de Capucins dont les ruines n'existent même plus », ce qui souligne l'absence de passé prestigieux tout en suggérant un lieu chargé d’histoire.
La description de Yonville met en évidence un paysage clos, enfermé entre collines et plaines : « la prairie s’allonge sous un bourrelet de collines basses ». Cet espace restreint reflète l’isolement et l’ennui d’Emma Bovary, incapable d’échapper à la monotonie de sa vie provinciale.
Flaubert dans sa description de la ville, montre la banalité et la nullité de cette ville : « On est ici sur les confins de la Normandie, de la Picardie et de l'Ile-de-France, contrée bâtarde où le langage est sans accentuation, comme le paysage sans caractère ». Cette ville est donc à l’image d’Emma Bovary.
Correction :
Chalmaison est un petit village entouré de champs, à 20 lieu de la ville la plus proche. Pour y accéder, il n’y a qu’une route, usée par le temps dont l’accès est rendu difficile.
L’intention de Flaubert avant tout est de construire un effet de continuité. Cette continuité ça veut dire qu’il n’y doit pas y avoir de grandes ruptures. Ce qui doit dominer c’est une certaine monotonie. Cette monotonie on l’associe généralement à deux grands effets stylistiques de Flaubert :
Mais cela ne veut pas dire ennui pour le lecteur, il doit se passer des choses. Il y a des évènements mais ce qui est intéressant dans les évènements qui sont mis en valeurs dans le recueil, c’est que ce qui devrait être des évènements ne le sont pas et ce qui devrait être médiocre sont des évènements. La naissance de la petite Berthe, ne change rien dans la vie d’Emma. Il y a aussi des évènements raté. Le mariage est un évènement raté. Le vrai évènement dans la vie d’Emma, que l’on pourrait considérer comme un non-évènement (p123), le Bal de Vaubyessard du Marquis d’Andervilliers, où tout est somptueux, littéralement en contraste avec son mariage et la médiocrité sur Yonville. Uniquement des rythmes binaires : mouvement d’accélération pendant la valse, puis retour progressif au rythme ternaire à la fin de la danse. Le bal, est le sommet émotionnel d’Emma, c’est tout ce que lui ont promis ses lectures de jeunesse. Dans sa perception, il s’agit d’une valse continue, un mouvement qui l’emporte vers le haut. On a un discours indirect libre : « elle savait valsée celle-là ! ». d’une part c’est une manière de se projeter dans la pensée d’Emma, de vivre le bal comme elle, de son point de vue. Mais ce qui est étonnant dans cette formulation c’est que nous avons Emma qui se regarde, qui se dissocie d’elle-même et se regarde, elle n’en croit pas ses yeux. « Une dame assise sur un tabouret avait devant elle trois valseurs agenouillés » => c’est Emma qui se regarde. Le bal c’est ce qui donne une épaisseur à la lecteur de jeunesse, ça donne l’impression qu’on pourrait y croire.
L’évènement de l’opération d’Hyppolyte et de son pied-bot : confirmation pour Emma que Charles est minable et qu’il n’y a pas de retour en arrière. C’est l’évènement suprême de Yonville, qui nous plonge dans la médiocrité totale, et confirme Emma dans son adultère et la rend encore plus belle. C’est aussi un non-évènement.
Il n’y a pas de date facilement identifiable, pour créer la monotonie, il a enlevé toute les dates et surtout pour créer un sentiment d’éternité sur la vie de province, il se passera la même chose qu’on soit en 25 ou en 50. Ce qu’on peut déduire c’est que la révolution de 1848, est passé par là, et pourtant à Yonville personne n’en parle. Autrement dit les grandes transformations politiques, dans la Normandie profonde ça n’a aucune intérêt, les grands évènements sont passés sous silence. Le régime politique change mais à Yonville, rien ne change. C’est la création d’un effet de continuité, et l’inversion entre les évènements et les non-évènements.
3 caractéristiques importantes sur le pied bot 273 à 288 (chap XI).
L’échec de l’opération marque une rupture pour Emma. Déjà insatisfaite de sa vie conjugale, elle voit désormais Charles comme un être pitoyable, incapable de grandeur. Son mépris grandit, renforçant son dégoût pour la médiocrité de son quotidien et nourrissant ses rêves d’une existence plus romanesque : « elle ne partageait pas son humiliation, elle en éprouvait une autre : c’était de s’être imaginé qu’un pareil homme pût valoir quelque chose, comme si vingt fois déjà elle n’avait pas suffisamment aperçu sa médiocrité.
Cette opération montre bien que Charles est incompétent et qu’il ne sait rien faire. Il doit faire appel à un autre médecin pour réparer son erreur : « Docteur en médecine […] le confrère ne se gêna pas pour rire dédaigneusement, lorsqu’il découvrit cette jambe gangrenée jusqu’au genou ».
C’est Homais qui pousse Hyppolyte à se faire opérer alors qu’il n’avait pas forcément envie. Il utilise l’égo pour qu’il accepte : « N’es-tu pas un homme, saprelotte ? Que serait-ce donc, s’il t’avait fallu servir, aller combattre sous les drapeaux ? »